Moalla : les tombes de Sobekhotep et Ankhtifi

Sobekhotep

2 tombes sont visitables à Moalla.

En guise de hors d'oeuvre, commençons par la plus abimée, celle de Sobekhotep (ou Sebekhotep).

On y entre par un simple trou pratiqué dans la roche.

Paroi nord: le défunt, en taille héroique, est en face de sa femme Inétitès.

A ses pieds, un homme avec un encensoir.

Derrière Inétitès se tenait un homme, peut-être leur fils ainé, qui n'est plus visible aujourd'hui.

Le trésorier du roi de Basse Egypte, le compagnon unique Sébek(hote)p.

Remarque : le livre de Vandier cité en référence fournit la traduction de toutes les inscriptions de cette tombe.
Encore m'a-t'il fallu reconnaitre chaque inscription présente sur mes photographies.

Vu mon niveau hiéroglyphique, la reconnaissance des textes s'est plus apparentée à de la divination (ou de la devinette) qu'à de l'épigraphie.
Des erreurs sont donc possibles...

Paroi Est, un défilé de 4 fils et 7 filles du couple.

Sobekhotep et Inétitès étaient représentés face à leur progéniture mais sont bien peu visibles aujourd'hui.

Paroi Est, en haut, 3 chasseurs (et un aide) tirent à l'arc sur le gibier.

Ils sont représentés face à face, mais il s'agit probablement d'un déploiement en demi-cercle, autour du gibier rabattu par des aides.

Le seul interet de cette photo est de vous montrer l'état des peintures dans la tombe....

Heureusement, quelques fragments sont mieux conservés.

Des lévriers (couleurs très pâles) poursuivent 2 gazelles dont une est blessée. Juste au dessus, un lièvre (en jaune-orange) échappe à un chien (en marron-blanc).

3 autres gazelles, dont 1 atteinte par une flèche.

En orange-marron, j'ai d'abord cru voir une barque avec un homme pagayant. En fait, nous avons ici 2 lévriers superposés, celui du bas terrassant un ibex.
C'est l'ibex, les 4 fers en l'air, que j'avais pris pour une barque !
Les 2 lévriers ont un collier (ou un foulard) bleu-vert.

Une gazelle attaquée par un chien...

... puis un chasseur bandant son arc, suivi d'un dernier chien.

Ankhtifi

La tombe d'Ankhtifi (ou Ankhtify) est célèbre pour ses nombreuses inscriptions qui fournissent des indices primordiaux pour la compréhension de la fin de la première période intermédiaire.

Vous trouverez quelques extraits d'inscriptions sur cette page.

Si vous voulez en voir plus, n'hésitez pas à me contacter.

2 vues de l'exterieur, avant d'entrer.

Ces 2 tombes sont construites dans une colline, légèrement détachée du massif annonçant le désert de l'Est.

Cette colline a une forme pyramidale à laquelle les nomarques n'ont probablement pas été insensibles. 

La cour de la tombe d'Ankhtify.

Le mur extérieur porte des traces de mouna et devait donc être décoré.

Couloir d'entrée (paroi Nord), "le prince et le grand, le chef des prophètes, le grand chef des nomes d’Edfou et d’Hierakonpolis, Ankhtifi".

Beau collier ousekh, canne et sceptre.

Vue transversale de la tombe, pour montrer le puits ... et l'état des piliers.

Les piliers

Pilier VI, plusieurs inscriptions.

Extrait de l'inscription 13 citant (sous toute reserve) les villes d'Ermant et Iousout (Dendera ?) en ligne 1, Hefat (Moalla) en ligne 3.

Plus haut dans le texte, on voyait encore "Elephantine" à l'époque des relevés de Vandier.

Ankhtifi porte le titre de "bouche de l'armée", peut-être une sorte de général.

Ankhtifi se vante donc d'avoir eu une très large zone d'influence "grâce à mon arc victorieux" (ligne 5). 

Porteur de veau.

Grâce à Vandier, j'ai appris un nouveau mot : "moscophore".  

Même pilier, autre face.

Dans cette tombe, les scènes et les hiéroglyphes sont parfois gravés, parfois seulement peints.

Un homme tient une gazelle, par une laisse et par la queue.  

Beaux hiéroglyphes peints.

Ils font partie d'une inscription (numérotée 14 par Vandier) qui est une sorte de récapitulatif des prouesses d'Ankhtifi.

Sur la 2ème ligne en partant du haut (très tronquée) apparait le hiéroglyphe représentant le nôme d'Edfou : "j’ai fait en sorte que le nôme d’Edfou combattît à la face du pays ".  

L'inscription se finit, sur les 2 dernières lignes (tronquées aussi), par une phrase qui revient comme un refrain dans toute la tombe: "C'est que moi, je suis un brave dont il n'existe pas l'équivalent." 

Continuons avec quelques inscriptions à caractère historique.

Pilier II, inscription 6 : Ankhtifi raconte les débuts d'une campagne menée par ses troupes pour défendre Ermant contre les nômes de Thèbes et Coptos.

Photo : Ermant (On ou Iounou) , Thèbes, Coptos.

Hypothèse historique : Ermant (bien que située dans le nôme thébain) restait fidèle aux Héracléopolitains et était donc en proie aux attaques de la coalition des nômes de Thèbes et Coptos.

Pilier III, fin de l'inscription 8 et inscription 9.

L'inscription 9 est une description élogieuse de la tombe.

Première ligne, hiéroglyphe de la tombe.

Avant-dernière ligne, "Coptos", dans une phrase vantant la qualité de la porte de la tombe, faite en bois de ce nôme. Ce ne devait pas être une mince affaire, en pleine guerre avec Coptos !

Dernière ligne, la vantardise habituelle : "C’est que moi, je suis un brave qui n'a pas son pareil".

L'inscription 11, pilier V, est entièrement consacrée à cette fameuse porte de tombe.

Dommage qu'on ne l'ait pas retrouvée !

Un point notable, une comparaison avec les vertèbres de Nehebkaou, une divinité (ou un génie ?) rarement citée.

Pilier IV, inscription 10 : Ankhtifi décrit une grande famine et explique qu'il a pu en préserver une vaste région.

Sur ce détail, Ouaouat et This (enfin, je crois). 

Sur celui-ci, Elephantine, Hefat, Hormer.

Hefat est probablement le nom antique de Moalla.
Hormer semble une cité proche.

Comme dans un extrait de l'inscription 13 montré plus haut, les lieux cités (Ouaouat, Elephantine au Sud et This au Nord) donnent une idée de la zone d'action d'Ankhtifi.

Ce qui est curieux, c'est que d'autres grands personnages ont laissé des stèles où ils s'attribuent les mêmes mérites... 
Sydney Aufrère (voir références) pense qu'en temps de famine, les nômes s'aident mutuellement (aides croisées). Bien entendu, chacun s'attribue ensuite tout le mérite.

Cette inscription contient l'expression "banc de sable d'Apophis" (hors photo).

Une légende dit qu'Apophis boit l'eau du fleuve nocturne pour empêcher le dieu soleil de ressortir au jour. Dans le monde réel, Apophis est donc associé aux inondations trop faibles, laissant apparaitre des bancs de sable. S.Aufrère s'appuie sur ce passage pour étayer la thèse d'une famine due à de mauvaises inondations.

Revenons aux peintures : un archer conduit un taureau blanc à taches noires.

La scène est surtout interessante (la photo, moins ;-) car l'archer est nubien, avec 4 touffes de cheveux bien distinctes et un objet attaché à son pagne, hache ou boomerang. 

Ce mercenaire Medjaï est-il avec ou contre Ankhtifi ?
Les textes ne le disent pas.


Je dirais pour, la scène ayant un caractère pacifique.

Une gazelle, tenue par une femme portant des bracelets aux jambes ("périscélides" vertes).

Un homme suit derrière.

Sur ce poteau se trouvent des danseuses.

En haut, on ne voit plus grand chose.  

En bas, 13 danseuses font la ronde autour du pilier.

4 sont conservées. Elles portent des sortes de tuniques.

L'une d'elles est "sa fille aimée, Nébi, la jeune".

Nébi est aussi le nom de la femme d'Ankhtifi, la mère de cette danseuse, d'où le qualificatif "la jeune". 

Pilier I.

Ankhtifi porte des bracelets polychromes, un collier ousekh, une peau de panthère.

En bas, au niveau de la canne et des jambes, se trouvent 3 chiens très peu visibles.

Même pilier, scènes de brasserie.

Commençons par le bas : à gauche, très peu visible, une femme écrase du grain dans une meule rouge, à l'aide d'une pierre blanche.  

A droite, une autre enduit un récipient d’argile.  

Plus haut, un brasseur utilise une corbeille avec des motifs en losange. De la vannerie ?

A droite, le vase rouge contient peut-être de l'eau parfumée qu’on verse sur la pâte.  

Toujours plus haut, un homme et une sellette avec 2 pains.

Une consécration d’offrandes ?


Voici maintenant les piliers de la partie gauche de la tombe.

Un autre bel Ankhtifi, avec collier ousekh, baton
et un lotus à fleur verte (pilier VII). 

Même pilier.
Partie droite, très peu visible, offrandes de pattes de taureau.
Partie gauche, offrande d'une gazelle et 2 lièvres.

Voici un lièvre. 

Partie centrale.

Cet homme porte un vase ovoide dans chaque main.

1 de ces vases semble posé sur un coussin. 

2 énormes "citharinus citharus" (une sorte de poisson-lune) portés avec une palanche.  

Les 2 scènes en bas sont des scènes de cuisine.

Cuisson de viande, dont les cotes sont rendues par l'alternance rouge/blanc, dans un fourneau en terre cuite rouge qui de profil ressemble à 1 croissant de lune.

L'homme de droite manie un éventoir.

Il y a un curieux objet entre les 2 hommes.

En dessous, viande cuite dans une marmite.

L'homme de droite remue et évente.

Celui de gauche semble goûter la préparation.

La paroi Nord

La paroi Nord est extrêmement abimée. Vandier décrit des greniers.

Je n'y ai vu que ces porteurs de sacs de grain.
Le couffin et la corde sont représentés de face.

La paroi Est

D'abord la moitié Nord de la paroi Est (au fond de la tombe quand on entre, à gauche). 

Défilé d'archers, dont certains, des Nubiens, étaient jadis reconnaissables à leur pagne rouge à taches vertes

Tous les archers portent un baudrier, un ceinturon, un brassard d’archer au poignet gauche (anneaux de corne renflés à l'exterieur pour protéger du retour de la corde).

A une exception près, tous vont vers la droite.

Les chiens sont des lévriers, non tenus en laisse.  

Registre inférieur, enlèvement de la récolte à dos d’ânes.

Les ânes sont chargés de gerbes, représentées verticales.
Elles sont en fait de part et d’autre du dos, dans des sacs faits en filet (traits rouge).
Scène suivante, plus à droite.

Nébi (devant), femme d'Ankhtifi et Abkaou, sa fille.
Un échanson verse du vin et un aide présente des canards.

.

En dessous, scène de boucherie... et harpiste.

La partie centrale de la paroi Est ne présente qu'un petit relief qui ne semble pas être une stèle fausse porte.

Ankhtifi et Nébi sont assis.

Sous le fauteuil, un miroir dans un étui décoré en damier.

Partie sud de la paroi Est : passage à gué.  

Remarquez les "gouttes" qui semblent tomber du cou de certaines vaches. 

Le registre devient soudainement plus étroit : des ânes cette fois non chargés.  
En dessous, remarquez le personnage qui déborde sur le registre supérieur.  

La paroi Ouest

La moitié nord de cette paroi ouest est très abimée.

La moitié sud, bien qu'elle aussi endommagée (j'y reviendrai) présente les scènes les plus interessantes de la tombe.

Chasse au boomerang. On distingue la barque en bottes de papyrus et les pieds d'Ankhtifi.
Ceux qui ont une vue particulièrement perçante verront aussi la femme d'Ankhtifi, Nébi, accroupie entre les jambes de son mari et un aide, à l’arrière de l'embarcation.

Dans le fourré de papyrus, chaque tige semble porter 2 à 4 ombelles : effet d’optique des conventions de représentation égyptiennes. 

Superbes Poissons.
Le grand en haut à gauche, qui se dirige vers la gauche est un Hydrocyon forskalii (pour Vandier, Hydrocynon Forkalli pour Vernus et Yoyotte), dit "chien du Nil". Vandier remarque que les représentations de ce poisson dans cette tombe sont les seules connues.
Le grand en haut au milieu, allant vers la droite est un barbeau (Barbus Bynni), ou "carpe du Nil".
Le grand en bas à gauche, allant vers la droite est un Citharinus latus..
Juste à gauche, le roc présente 2 failles à peu près parallèles qui ont été exploitées pour créer une sorte d'interlude : 4 beaux canards.  

Voici maintenant la pêche au harpon.

On remarque l'absence de fourré.

 Les poissons semblent nager en l’air ("colonne d’eau") car le registre du bas est occupé par autre chose.
Ankhtifi est lui aussi en lévitation : il est au dessus de son canot.

Aufrère dit que l'art dépend de la stabilité économique. Les meilleurs artistes travaillent pour le roi et sa cour. En période instable, le savoir faire se perd car les meilleurs artistes :
- n'ont plus de chantiers,
- ne se déplacent plus dans les autres villes pour enseigner les traditions.

Les conventions se perdent alors. Les registres disparaissent au profit d'une juxtaposition de scènes copiées des grands maitres sans forcément les comprendre totalement.

Revenons à Ankhtifi : il manie son harpon dans une seule main, l'autre tenant un curieux anneau.
Afin de pouvoir le récupérer, le harpon était relié à une corde, elle-même reliée à cet anneau.

Les poissons harponnés sont :
- A gauche une perche du Nil (Lates Niloticus).
- A droite un chromis (aussi appelé Tilapia), reconnaissable à sa longue nageoire dorsale.

Pour Vernus et Yoyotte (voir références), ces 2 poissons sont associés pour des raisons naturelles et des raisons symboliques.
Ils représentent les 2 types majeurs de biotopes aquatiques en Egypte : la perche aime l'eau courante et profonde du lit du fleuve. Le Tilapia préfère les eaux tranquilles et herbeuses, voire quasi stagnantes, dans les mares peu profondes laissées par l'inondation.


Dans la mythologie, ils guident la barque du dieu du soleil.
Le latès, c'est "la sombre profondeur de la nuit, comme le lapis-lazuli véritable dont il est fait, appelée à s'éclaircir matinalement dans la brillance de la turquoise, quand il se transforme en tilapia".
Le tilapia est rouge, mais les reflets de ses écailles dans l'eau font penser à la turquoise.
A noter que 2 des 3 sous-espèces du tilapia font incuber leurs oeufs dans leur bouche : interessant symboliquement pour la renaissance solaire...


L'association de ces 2 poissons va jusqu'à la fusion dans un poisson mythologique appelé "Abdjou", mi latès, mi tilapia.

Encore plus à droite, de nouveau un Hydrocyon forskalii.  
C'est un poisson assez féroce, d'où son surnom. Dans cette scène, il est en train de croquer un Alestes Dentex.

Au-dessus de la tête du nomarque, un autre registre présente une jambe humaine et des jambes d'échassiers.

Les pauvres restes d'une chasse au filet ? 

En dessous, une pêche à la traine.

Vandier fait une description très vivante de petits personnages nus, à l'exception d'un baudrier et d'un ceinturon, s'affairant autour du filet.
Il ne reste rien de tout cela. 

Ce n'est qu'un des nombreux exemples de la dégradation de cette tombe en moins d'un siècle.

Pour en finir avec les scènes de pêche, j'en signale une dernière, plus à gauche.

Il s'agit d'une pêche au haveneau, un filet (ou une épuisette) ayant la forme d'une longue poche conique, monté sur un chassis en triangle (mailles blanches sur la photo).

Au dessus, une nasse rouge à bandes blanches.  

Vue d’ensemble de la scène suivante.

Remarquez tout d'abord une scène annexe de boucherie, perdue au milieu des barques.  

Voyez ensuite des bateaux qui se déplacent dans les 2 directions, nord et sud.
A gauche, le "drapeau à damiers" est en fait une cabine fermée par des rideaux.
Juste à côté, un bouclier de bois, recouvert de cuir.  

Vandier dit que les marins de cette scène sont probablement des soldats.
Il s'agit donc alors d'une revue militaire navale, faisant peut-être le pendant avec la revue militaire terrestre du mur Est.

Ankhtyfy est dans l'attitude de l'inspection : main gauche sur le pommeau, bras droit couché sur la canne, appui sur une jambe (la droite), l'autre étant légèrement repliée.

Autour de lui sont figurés 4 de ses fils, dont 2 lacunaires.

Voici en particulier Idy, "premier du nôme d’Hierakonpolis".

Peut-être le successeur d'Ankhtifi.

L'occasion de faire un peu de généalogie, en montrant le pilier II, inscription 5.

Dans ce texte, Ankhtifi raconte une mission d'ambassade réalisée dans sa jeunesse afin de convaincre les responsables de "la Qenebet des gouverneurs du Sud" de venir discuter à Hefat avec "le chef des prophètes, le grand chef du nôme d'Hierakonpolis, Hetep".

Cette "Qenebet des gouverneurs du Sud" était située à Abydos. C'était l'endroit où on venait demander justice. Les membres de cette institution étaient amenés à donner des avis dans les affaires locales.
Leur déplacement pour voir Hetep (et non pas le contraire) prouve l'importance du personnage ... et les talents de diplomate d'Ankhtiti.

Hypothèse historique : Hetep était le père d'Ankhtifi et était déjà le nomarque de la région Hierakonpolis/El Kab/Moalla.

Ankhtifi raconte dans une autre inscription comment il a rajouté le nôme d'Edfou à sa zone de responsabilité, en déposant le nomarque en titre, un certain Khouou (ou Khounou), particulièrement défaillant.

Une autre hypothèse, assez hasardeuse est la suivante : Sobekhotep (le propriétaire de l'autre tombe) pourrait être le père d'Hetep et pourrait lui aussi être nomarque.

Nous pourrions alors avoir une lignée de nomarques :
1) Sobekhotep : Hierakonpolis
2) Hetep : Hierakonpolis
3) Ankhtifi : Hierakonpolis puis Hierakonpolis+Edfou
4) Idy : Hierakonpolis+Edfou puis ... rien (j'y reviendrai).

Sous les pieds d'Ankhtifi, une petite inscription historiquement capitale ... et bien abimée depuis que Vandier l'a relevée !
Première ligne : "Horus apporte une (bonne) inondation à son fils Kaneferré".
Seconde ligne (tronquée) : "Inspecter toute navigation de Hemen".

Kaneferré est écrit dans un cartouche : la seule mention d'un roi dans cette tombe.
Si on admet que "Kaneferre" est en fait "Neferkare", de nombreuses hypothèses d'identification sont plausibles, allant de Pepi II jusqu'à la 10ème dynastie, en passant par la 8ème.
Vandier penche pour le 6ème roi de la 10ème dynastie, à l'aide de singularités graphiques de la langue utilisée dans la tombe.

Nous serions alors à la fin de la dynastie héracléopolitaine. Ankhtifi aurait été à la tête d'une coalition sud, fidèle aux Héracléopolitains et tentant de resister à Thèbes.

Peut-être Idy a-t'il été renversé par Antef Ier (l'Horus Séhertaouy) qui a assis le pouvoir de la dynastie thébaine sur toute la Haute Egypte ?
Il est aussi possible qu'Idy n'ait jamais exercé le pouvoir et que ce soit Ankhtifi lui-même qui ait été déposé.

Peut-être Neferkare est-il le prédecesseur du dernier roi héracléopolitain Khety 2, l'adversaire malheureux d'Antef II dit l'ancien ( Ouah-Ankh) ?

Plus à gauche, une scène peu visible, avec des barques (encore). 

Croyez-moi sur parole, il s'agit d'une chasse à l'hippopotame.

Ce pauvre hippo a 2 harpons dans l'arrière-train (à gauche) et 1 dans la tête (à droite).

Cette chasse est à rapprocher de l'inscription 6 (pilier II) : à gauche, en haut, un hippopotame, faisant partie de la phrase "comme un harpon dans les narines d’un hippopotame en fuite".

Il existe aussi un extrait des textes des pyramides disant : "Ton os est devenu la pointe du harpon avec laquelle tu seras harponné…. c'est Hémen."

Retrouvons encore ce dieu sur le pilier III, inscription 8 (texte comminatoire pour d'éventuels violeurs de tombes).

Hemen y est invoqué à de nombreuses reprises : il y en a déjà 3 sur ma photo. 

Nous avons donc : une revue militaire, un dieu Hemen, un hippopotame, un roi Neferkaré.

La revue militaire ferait-elle partie des célébrations suite à la victoire sur Thèbes, ou bien d'une fête liturgique dédiée à Hémen, dont le point culminant serait la mise à mort d'un hippopotame ?

Pourquoi pas les deux ? Par tradition, la victoire militaire est acquise grâce au dieu d'état (Horus) mais aussi au dieu local (Hémen) et c'est ce dernier qui est fêté.

Hemen dieu local de Hefat ?

En plus des inscriptions de la tombe, on peut citer une statue de Sobekhotep IV, au Louvre.

Sebekhotep IV " aimé de Hemen, dans le château de Snefrou de Hefat "

Moyennement convaincant, d'autant plus que "le chateau de Snefrou de Hefat" n'est probablement pas Moalla/Hefat, mais ... Asphynis, à côté.


Une autre preuve, elle aussi au Louvre : l'offrande de Taharqa à un dieu faucon.
 
Taharqa est "aimé de Hémen, maitre de Héfat ".
Hemen tient un serpent dressé entre ses pattes, serpent qui sert à écrire « Hefat ».
Il existe d’ailleurs des représentations d’Hemen en homme tenant un serpent entre ses mains.
 
Une famine a sévi sous Taharqa. Il a adressé des prières à Amon, Min et Hemen de Hefat. Il a été exaucé par une crue miraculeuse en l’an 6 de son rêgne.
Ces évènements sont connus grâce à des stèles, dont celle de Matanah pour Hemen.
 
Ce groupe serait donc un ex-voto de remerciement.
Il est constitué d’un faucon en schiste (ou en grauwacke suivant les sources, en tous cas pas en métal) recouvert d’une feuille d’or, d’un Taharqa en bronze et d’un socle en bois visiblement « bricolé » pour accueillir les 2 statuettes.
Le bronze de Taharqa est de très bonne facture, Hemen pas. Vandier pense que la statuette du roi a été envoyée depuis les ateliers de la capitale, à charge pour les locaux de faire un Hemen et un socle sur place.
 
Remarque : le nom du roi est marqué sur sa ceinture … mais dans le dos.
Hemen maitre de Hefat.


Revenons à nos moutons, qui en l'occurrence sont un faucon et un hippopotame.
Nous avons vu une inscription mélant Neferkaré et Hemen (" … Neferkaré. Inspecter toute navigation de Hemen").

Grâce à Hemen, Ankhtifi a obtenu la victoire, ce qui a favorisé l'inondation, donc le roi Neferkaré.
Joli programme iconographique pour une tombe. Etait-ce vraiment ce que voulait dire le nomarque ? C'est impossible à savoir, mais c'est tentant....

Références

"Mo'alla : la tombe d'Ankhtifi et la tombe de Sébekhetep", par Jacques Vandier.
Revue d'égyptologie 10, "Hemen et Taharqa", par Jacques Vandier.
Egypte, Afrique et Orient, numéro 18, 4 articles de Sydney H. Aufrère.
"L'Egypte et la vallée du Nil", tome 2, par Claude Vandersleyen.
"Porter and Moss" numéro 5.
"Bestiaire des pharaons", Pascal Vernus et Jean Yoyotte, éditions Perrin.

 
 
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