La tombe d'Horemheb à Saqqara

Cette tombe est célèbre pour ses reliefs de toute beauté ... dont beaucoup sont les fleurons de grands musées égyptologiques.
Sur place restent quelques scènes et beaucoup de moulages.
Ces pages vous présentent donc un mélange de photos prises in situ et dans les musées du Caire, de Florence, Bologne, Vienne, Francfort, Berlin, Saint-Petersbourg, Moscou, Leyde, Londres (British Museum), Paris (Louvre), Brooklyn et Baltimore.

 

Horemheb a fait construire cette tombe alors qu'il n'était qu'un grand du royaume.
Il n'y a pas été enterré : après son couronnement, il a fait creuser une autre tombe dans la Vallée des Rois, à Thèbes.

Cette tombe est du type "temple-tombe", avec des pylônes, des cours à colonnes et une chapelle de culte.
Elle est orientée Est-Ouest.

Le plan ci-dessous est tiré de la publication de G. Martin (voir références).
J'y ai effectué quelques rajouts, correspondant aux découvertes postérieures à cette publication.

                   
 
 
  Première cour  
 
  Première cour péristyle Salle de la statue Cour intérieure    Chapelles
 
 
 
 

 

La première cour

En dégageant les abords de de la tombe de Meryneith, des éléments mis à jour se sont avérés appartenir à la tombe voisine d'Horemheb.
Depuis tout récemment (2004-2006), la tombe d'Horemheb est donc pourvue d'un premier pylone et d'une première cour, en lieu et place d'une simple avant-cour.
 
Dans l'ordre : escalier moderne facilitant l'accès, le premier pylône, la première cour, le second pylône.
Ce premier pylône est anépigraphe, à l'exception d'un graffito qui pourrait représenter un roi.
Le premier pylône, vu depuis la cour.
Un dallage moderne qui doit, je suppose, figurer ce à quoi devait ressembler l'ancien.
Derrière le pylône, à droite, ce batiment abrite la tombe de Meryneith.

 

La première cour péristyle

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Cette photo plus ancienne montre l'endroit avant les découvertes récentes.
On abordait la tombe par la première cour péristyle, en passant un pylône qui était alors appelé "le premier pylône".
Il l'est évidemment toujours dans toutes les publications datant d'avant 2004-2006.
Ce second pylône (ex-premier) mesure 7 mètres de haut.
Il est en briques recouvertes de plaques de calcaire, dont certaines sont des réutilisations : elles proviennent de l'enceinte du complexe de Djeser.
Aucun relief sur le pylône, c'est réservé aux représentations royales.
Y avait-il une corniche en haut ?
Des blocs ont bien été retrouvés mais le doute persiste.
Ils montrent des cartouches de Ramsès II et proviennent plus vraisemblablement de la tombe voisine, celle de Tia et Tia, qui est plus que proche : certains murs sont carrément enchevêtrés.

Les 24 colonnes papyriformes sont des monolithes mesurant un peu plus de 3 mètres, qui devaient supporter un toit dont il ne reste rien.

Les bases de colonnes sont séparées et plus larges.

Chaque colonne dans cette cour présente un panneau avec une scène et une inscription.
 
Horemheb est ici en face d'Atoum et Nefertoum (non conservé).
L'uraeus a été rajouté suite à l'accession au trône d'Horemheb.
La tombe dans la vallée des Rois n'a pas été commencée avant l'an 7 ou 8 du rêgne.
Peut-être Horemheb a-t'il d'abord voulu être enterré ici, près de Memphis, avant de se raviser.
Cela expliquerait la présence des uraei.
Ce rajout se retrouve sur un grand nombre des représentations dans la tombe, mais pas sur toutes, curieusement.
4 autres panneaux se trouvent au Musée du Caire.
 
Horemheb à genoux en adoration devant Re-Horakhty-Atoum et Maât.
 
 
 
 
Crédit photo : Ahmed Amin (musée égyptien du Caire)
Horemheb face à Osiris-Ounnefer, Isis et Nephthys.
 
 
 
 
Crédit photo : Ahmed Amin (musée égyptien du Caire)
Un autre panneau, presque identique et portant le même numéro au journal d'entrée (11332).
 
 
 
 
Crédit photo : Ahmed Amin (musée égyptien du Caire)
Horemheb face à Isis et Nephthys.
 
 
 
 
Crédit photo : Ahmed Amin (musée égyptien du Caire)

 
Détaillons maintenant les murs, recouverts d'un beau calcaire de Tourah.
                   
  Mur Nord (Bologne et Berlin)  
 
 
        Stèle  
  Montants du porche (sur place)  
        Stèle  
 
 
  Mur Sud (sur place)  
 

 
Mur sud, fenêtre d'apparition.
Pour une fois, la scène semble se passer hors du palais, dans une structure autonome.

Mes photos prises sur place doivent être complétées avec un morceau de relief se trouvant à Chicago.

Elles montrent le bas de la fenêtre.

Des représentants du Sud sont en adoration devant le roi. Chaque personnage est différencié.
Ils font pendant à des représentants des "Asiatiques", visibles sur le relief de Chicago. Devant les Asiatiques se trouve un vase "cratère".
Devant les Nubiens se trouve un vase à tête de taureau. C'est un rhyton. Curieusement, ceci est typique de l'Orient et non pas du Sud.
 
Ces vases sont probablement des tributs payés par les étrangers soumis.

 

Hors photographie : Martin signale que des traces d'Horemheb sont visibles, un assistant ajuste son collier de l'Honneur. Pas vu...
Un peu plus haut, 2 Hâpy pratiquant l'unification des 2 Terres (Sema Taouy) surplombent les plantes héraldiques qui reproduisent le même signe Sema Taouy.
Encore à côté se trouve une représentation du roi massacrant des ennemis. Probablement un graffiti, la présence de cette scène à cet endroit n'étant pas des plus logiques.
Plus à droite ne restent que des pieds et une robe.
Probablement une reine.

 
Le mur Nord offre de superbes scènes relatant principalement la carrière d'Horemheb.
En particulier y figure une remise des colliers de l'honneur, à un personnage non nommé, présentant un nez busqué. Les spéculations vont bon train sur l'identité de ce personnage.
Il pourrait être Paramessou, le futur Ramsès 1er.
D'autres y voient Horemheb lui-même, récompensé par un roi qui pourrait être Toutankhamon ou Ay.
Dans tous les cas, la posture et l'accoutrement de ce roi sont peu habituels.
 
En ce qui me concerne ... je voudrais bien savoir où est stocké ce relief !
Il en existe une très belle photo dans les Dossiers d'Archéologie n° 146-147, "Saqqara, aux origines de l'Egypte pharaonique", mars/avril 1990.
 
Sur place, on ne voit guère que ce petit relief : un personnage face à de grandes miches de pain.

 
Voici maintenant une série de clichés pris à Bologne.
Commençons par un camp militaire.
Pour G.Martin, la structure qu'on voit ici serait une tente.
Son propriétaire, un haut gradé, pourrait être le personnage quittant la scène sur la gauche (on en voit un pied), sous le regard d'un serviteur.
 
Dans la tente, d'autres personnes s'activent à nettoyer. On voit aussi des tables avec des victuailles (nourritures et boissons), un tabouret pliant.
L'entrée de la tente est figurée sur la gauche. Elle ressemble plus à une structure en dur (avec corniche) qu'à une structure légère. Curieux...
Il est peu probable que la tente ait un rez de chaussée et un étage ;-)
Il s'agit beaucoup plus probablement de pièces côte à côte, représentées sur 2 sous-registres.
 
Remarquez l'effet bidimensionnel : le poteau de la tente masque la nourriture.
 

Un enfant porte une outre, probablement pour remplir les jarres vues dans la tente.

 

Le relief de Bologne présente en son sommet le début d'un second registre. Si on l'associe à un relief de Berlin (voir ci-dessous), on peut alors reconnaitre une autre tente, plus grande, que G.Martin propose d'attribuer au généralissime lui-même.

Sur ce relief de Berlin se trouve un autre enfant portant des fruits.

La présence d'enfants dans un camp militaire peut sembler curieuse. G.Martin pense qu'il s'agit de la progéniture des nombreux adultes qui suivent l'armée dans ses déplacements.

Mais revenons sur ce serviteur.

Il a une forme de tête particulière que G.Martin qualifie de "turricephalique" : crâne allongé et bosselé ?

Ce type de représentations se retrouve en deux autres occasions au moins dans cette tombe. Elle est relativement courante dans les tombes du Nouvel Empire à Saqqara.

 

 

Voici le relief de Berlin pré-cité (numéro 20363).
Il se met en haut à gauche de la scène de camp militaire de Bologne.
Un âne mange.
Un enfant nu porte des fruits.
Sous la tente : de la nourriture, un tabouret pliant, une chaise.
En haut, on prend grand soin d'un attelage, peut-être celui d'Horemheb lui-même.
Enfin, disons que certains prennent soin....


Passons à un autre relief : la préparation d'un grand repas festif, avec moult pains et boissons.

Ce type de scène a une double utilité : commémorer un évènement important de la carrière du Grand Homme et assurer sa subsistance dans l'au-delà.

En bas, de très nombreuses victuailles : galettes de pain, palmes, jarres, cornes d'abondance, pattes de bovidés.
En haut à droite (en fait registre du milieu), un homme puise quelque chose dans une jarre (?), d'autres préparent une boisson, le tout sous le regard d'un intendant.

En haut à gauche, 2 coureurs porteurs de messages arrivent en vue d'un personnage représenté en très grande taille, probablement Horemheb lui-même.

Un scribe agenouillé prend des notes.

Dernier relief de Bologne (pour l'instant) : les deux registres sont curieusement séparés par une ligne oblique et non pas horizontale.

En bas à gauche, un officiel s'adresse à deux porteurs de jarres (dont un seul est bien visible).

En haut, un officier court vers un objectif inconnu. A ses côtés, 2 serviteurs veillent sur des chars.

Registre du bas : un superbe cavalier...

...et des soldats ployant sous une lourde charge.

Avec cette séparation oblique, les histoires se téléscopent. On pourrait conclure, un peu vite, que les soldats portent chars, chevaux et serviteurs.

Pour G.Martin, les soldats ploient en fait sous le poids de la tente d'Horemheb, roulée comme un tapis.


 
Le mur Ouest présentait 2 stèles, encadrant le passage menant à la "salle de la statue".
Celle du côté Sud est maintenant au British Museum (EA551). Un moulage (voir photo) a été dressé dans la tombe.

La stèle Sud, photographiée au British Museum.

 

Pour l'anecdote : cette stèle est dans la grande salle des statues, pratiquement en face de l'entrée. J'ai eu beau varier les horaires de mes visites, pas moyen de me débarrasser des reflets. J'envisage de revenir avec une grande bâche ;-)

 

Le texte est un hymne au soleil, la plus longue inscription provenant de cette tombe.

 

 

 

 

 

 

 

 

Horemheb (sans uraeus) est en prières devant Ré-Horakhty, Thot et Maât. 
La couleur rouge a particulièrement bien résisté au temps. Une observation attentive permet de repérer quelques traces de jaune et de bleu.

Des fragments de la stèle Nord se trouvent dans un magasin du musée du Caire.
Photo d'une ... photo figurant dans les registres du musée.
La partie supérieure de la stèle Nord, arrondie, est au musée de l'Hermitage (ou Ermitage) à Saint Petersbourg.
Horemheb (sans uraeus) se trouve face à ...
Atoum, Osiris-Ounnefer et Ptah-Sokar.
 
 
Dans cette cour se trouve un puits dont l'histoire exacte est difficile à déterminer.
Il devait y avoir un mastaba de l'ancien empire à cet endroit, puis ce puits creusé pour Horemheb, plus des réutilisations ramessides (la tombe de Tia et Tia est à côté) et enfin des inhumations d'époque tardive.
 
Quoiqu'il en soit, la très jolie boucle d'oreille en or trouvée dans ce puits peut être datée de l'époque Toutankhamon/Ay/Horemheb, sur des critères stylistiques.
Ce petit sphinx porte la couronne bleue, un uraeus, une barbe postiche et un collier Ousekh.
 
Crédit photo : Sameh Abdel Mohsen (musée égyptien du Caire)

 
Avant de passer à la salle suivante, admirons les montants du porche.
Ce sont des formules d'offrandes à de nombreuses divinités, pour l'Osiris Horemheb, qualifié de "prince héréditaire".

 

La "salle de la statue"

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La salle elle-même est assez vide (nous y reviendrons) mais elle est précédée et suivie par deux vestibules qui présentent de beaux reliefs.
 
Premier vestibule, un prêtre pratique l'ouverture de la bouche sur Horemheb.

Cette salle était initialement recouverte d'un toit.

Par delà le mur se trouve une des deux chambres annexes.
On y trouve une dyade d'Horemheb et sa femme, initialement dans la cour intérieure et réutilisée dans la maçonnerie à l'époque copte.

 

Derrière le généralissime se tient le scribe de l'armée Sementaouy (représenté en un autre endroit de la tombe).
Il occupe ainsi une place généralement réservée au fils ou à un membre de la famille.
Son nom a été ultérieurement remplacé par celui d'un certain Ramose.
Est-ce Paramessou ? Est-ce le Ramose dont la tombe se situe juste à côté ?
L'occasion de parler d'une autre dyade, exposée au British Museum.

Elle a été très récemment attribuée à la tombe d'Horemheb.

Cette sculpture sans inscription (donc peut-être inachevée) représente un couple se tenant par la main... sauf que les mains dont il est question manquent.

Or 2 mains assemblées avaient été trouvées en 1976 dans notre tombe, par l'équipe de Leyde.

Ce n'est qu'en 2009 qu'un moulage réalisé en Egypte s'est avéré parfaitement correspondre ... en Grande Bretagne.
On admire la perruque et le plissé du vêtement.
Les sortes de "bandes verticales" sur la table d'offrande sont en fait des tranches de pain stylisées.


Le prêtre tient un encensoir dans sa main gauche.


Mêche de l'enfance, peau de panthère : un prêtre Iounmoutef.

En dessous court une frise de porteurs d'offrandes.
Une inscription au nom du prêtre lecteur Pehefnefer a été rajoutée sous Ramsès II.
 
Pehefnefer devait être affecté au culte d'Horemheb, divinisé par les Ramessides qui le considéraient comme leur ancêtre.
 
Bien que n'étant pas de la famille des Ramsès et consorts, Horemheb fut en effet à l'origine de leur dynastie, en choisissant son vizir Paramessou pour lui succèder. Paramessou=Ramsès 1er, père de Sethi 1er et grand-père de Ramsès le Grand.
 
Jarre, bouquet, tête, patte et corps de bovidés, pains, jarres et bouquets.
 
Au "revers" du vestibule, côté salle de la statue, Horemheb est représenté 2 fois.
Dans les deux cas, le général est représenté devant des tranches de pain stylisées, mais de petits détails sont autant de différences.
Un uraeus a été rajouté sur la perruque.
Horemheb tient dans une main un sceptre et un linge.

 
Horemheb porte 2 colliers d'or en sus du pectoral.
Un lotus est enroulé autour des 2 amphores qui se trouvent sous la table.
 
Voici la salle de la statue.
Assez logiquement, elle contient deux niches à statue.
Ne reste aujourd'hui sur place que ce socle, avec les pieds d'Horemheb, dans l'attitude de la marche.
Des fragments de statues ont été retrouvés mais ne sont pas visibles in situ.
Il semble que cette pièce n'ait jamais été décorée de reliefs. Les murs étaient initialement peints, mais pratiquement rien n'est visible aujourd'hui.
Sous Ramsès II furent rajoutées 2 socles décorés, supportant des statues d'Anubis.
Ils apparaissent dans la documentation mais sont eux aussi absents de la tombe.
Les montants externes (côté salle de la statue) du vestibule suivant portent des inscriptions.
Des titres d'Horemheb.
 
Il est certain que la tombe a été construite en plusieurs phases. Mais combien et quand ?
Une première hypothèse est la suivante :
1) Construction sur un plan à 2 cours.
2) La cour exterieure est modifiée pour créer la cour de la statue et les magasins. De plus, une nouvelle avant-cour est créée.
3) Cette avant-cour est agrandie (Nord et Sud) et devient une cour à part entière par ajout d’1 pylône à l’Est.
4) Il faut encore savoir quand une autre nouvelle cour a encore été ajoutée…
 
La seconde hypothèse considère que le plan atteint en fin de phase 2 n’est pas le fruit d’un remaniement mais était prévu dès l’origine.
A ce stade, la tombe d’Horemheb ressemble en effet à d’autres tombes, comme celle de Maya toute proche.
 
Après le comment, quid du quand ? Pour Van Dijk, la construction des chapelles et de la cour intérieure date au plus tard des 4 premières années de Toutankhâmon : les cartouches en attestent, tout comme les campagnes militaires représentées.
On pourrait peut-être même envisager des travaux sous Amenhotep IV, du fait du régiment nommé « aimé d’Aton » du mur ouest de la cour péristyle.
 
Dans la première cour péristyle, les titres sur les colonnes sont moins glorieux.
Horemheb n’est plus le représentant du roi ni le « prince héritier ». Cela militerait pour une construction sous le rêgne d’Ay.
Mais cela dépend aussi de l’identité du roi remettant l’or dans le relief dit de Paramessou.
Le vestibule lui-même, mur Sud, montrait Horemheb face à Osiris.
Restent les pieds du général ...
...et la tête du dieu.
A surtout été (partiellement) préservé un hymne à Osiris comme manifestation nocturne du dieu-soleil Rê.
Ce texte, qui deviendra un "classique" à l'époque ramesside, est ici le premier connu.
Pour Martin et Van Dijk, l'existence de ce texte juste après l'épisode amarnien prouve qu'il a précisément été écrit en réaction à la doctrine amarnienne.
 
Il réintroduit Osiris, qui n'avait pas sa place dans la religion atonienne.

 

La cour intérieure


Ces reliefs constituent un summum de l'art pariétal et méritent une page spéciale !
Saqqara, tombe d'Horemheb, la cour intérieure.


 

Les chapelles

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La cour intérieure mène à 3 chapelles.
Les deux latérales (dites C et E) n'ont pas (ou plus) de décoration.
 
Juste avant la publication de G.Martin, il est apparu que la chapelle centrale (D) devait probablement être divisée en 2 par une sorte de mur-bahut (Van Siclen), le sanctuaire à proprement parler étant ainsi précédé d'une antichambre à 2 colonnes.
La prise en compte ou pas de cette hypothèse conduit à des conclusions très différentes concernant les reliefs actuellement dans des musées : localisation exacte, voire même appartenance à la tombe !
 

 
Le relief de Baltimore, avec l'aimable autorisation du Walters Art Museum.
La scène se trouve dans l'entrée de la chapelle centrale, côté Sud et représente Horemheb assis, regardant en direction de la cour.
Derrière la chaise se trouve un fidèle serviteur, non nommé, mais qui est probablement Sementaouy, comme ailleurs dans la tombe.

 
Relief du musée de Leyde.

Il représente Horemheb faisant une offrande à Rê-Horakhty.
D'abord localisé sur le mur Ouest de la chapelle (Martin), il est maintenant plutôt vu toujours à l'Ouest, mais sur un des demi-murs de l'antichambre (Van Siclen), faisant ainsi pendant à une représentation de Thot trouvée dans la tombe.

La chapelle centrale a la particularité d'être carrée : elle dépasse à l'arrière.
La raison est qu'elle devait initialement supporter un pyramidion.

Au premier plan à droite, probablement la chapelle de Raia.

Cette photo a été prise un jour de Khamsin.
Un grand moment :-)

Dans la cour intérieure, voici d'ailleurs peut-être les restes de ce pyramidion.
Ces très belles scènes ont été photographiées à Bologne.
La place au fond du sanctuaire, libérée par Rê-Horakhty, pourrait être celle de cette vignette du Livre des morts (numéro 110). Van Siclen verrait bien une table d'offrandes juste devant.
 
Raven (B.M.Studies) opte plutôt pour le mur Nord de l'antichambre. Les arguments sont les suivants :
- La représentation des champs d'Iarou/Ialou sur le mur Ouest serait inhabituelle, on attendrait plutôt une stèle avec des scènes d'offrandes.
- La zone non sculptée sur les bords du relief de Bologne atteste la présence de murs des 2 côtés, or ce relief n'est pas assez large pour couvrir tout le mur du fond , alors que ces murs encadrant pourraient correspondre respectivement au mur-bahut précité et au mur d'entrée de la chapelle D, si la scène était placée sur le mur nord de l'antichambre.
- Le troisième argument sera présenté un peu plus tard...
Ce relief comprend 6 registres séparés par des canaux et se lit probablement de bas en haut (Raven).
Ce nombre 6 est inhabituel, les parallèles n'en ayant pas plus de 3 ... sauf Ptahemouya juste à côté.
Raven note plusieurs représentations inhabituelles (récolte du lin et battage), ainsi que la présence d’auxiliaires pour faire le boulot agricole en lieu et place du défunt. Il pense que ces éléments typiques de Memphis au Nouvel Empire, avant d'être adoptés par Thèbes à la troisième période intermédiaire, sont des influences des mastabas de l'Ancien Empire.
 
Deuxième registre en partant du bas : l'agriculture est une figuration symbolique de la vie dans l'au-delà et de la participation éternelle du défunt (ex-défunt en fait) au maintien de l'ordre universel.
Registre du milieu : offrande au défunt et oiseau Benou.
Benou, le soleil renaissant, symbolise l'inondation quand il est perché sur un bâton.
La survie de l'Egypte tenant en grande partie à la régularité de l'inondation, on peut rapprocher cette scène de la précédente en y voyant, là aussi, une volonté du défunt d'oeuvrer pour le maintien du bon ordre des choses.
Il est maintenant temps d'aborder le troisième argument laissé de côté précédemment : des fragments in situ appartenant au mur-bahut Nord, côté Est, montrent des bateaux qui pourraient être connectés aux champs d'Iarou ... et au relief présenté maintenant.
Il vient de Francfort.
 
Registre du haut : champs d’Ialou (3 épisodes).

A droite, traces d'une divinité portant le signe Ankh.



Au milieu, Horemheb navigue en barque sur les canaux des "Champs Elysées".

Il ne porte pas d'uraeus.

On remarque des traces d’outils, ainsi que des restes du plâtre utilisé pour masquer les imperfections.
A gauche, Horemheb fait une libation.

Le texte cite le nom d’Aton (ce n'est pas la seule fois dans cette tombe).
Registre du bas : tête d'Horemheb et offrandes de nourritures.
Voici un relief se trouvant au musée du Louvre.
Il provient de Saqqara, mais on ne sait pas où exactement.
Son appartenance à cette tombe a été évoquée, mur Nord de la seconde cour (Martin).
Caris-Beatrice Arnst a démontré que ce n'était pas possible.
 
Nouvelle possibilité : la chapelle, plus exactement l'antichambre, mur Sud, en lien avec le relief montrant la momie d'Aménia, mur Est.
Les pleureuses participeraient aux funérailles de la première femme d'Horemheb.
Aménia est aussi citée sur une colonne de la cour intérieure.
Elle a été enterrée dans une des salles souterraines.
Il semble que Moutnedjemet, l'épouse d’Horemheb au moment où celui-ci est devenu roi, ait aussi été enterrée dans la tombe.
Reste à savoir qui étaient Aménia et Moutnedjemet. Certains pensent que cette dernière était de la famille de Nefertiti, le mariage légitimant l’accession au trône d’Horemheb.
 
 
Cette tombe présente des reliefs qui figurent sans conteste parmi les plus fins jamais créés par les Egyptiens antiques.
Officiellement, elle est ouverte au public depuis mai 2011, rappelant ainsi que Saqqara n'est pas uniquement une nécropole de l'Ancien Empire.
 
 
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Références


"L'Egypte, sur les traces de la civilisation pharaonique", chez Könemann.
"The hidden tombs of Memphis", par Geoffrey Thorndike Martin, 1991.
Site Web Osirisnet sur les tombes et mastabas (voir  Mes sites préférés) .
 
"The memphite tomb of Horemheb, commander in chief of Tutankhamun, partie I", par Geoffrey Thorndike Martin, 1989. Cela reste LA publication de la tombe, qu'il faut néanmoins compléter pour prendre en compte les dernières fouilles et recherches.
 
"Die Aussagekraft unscheinbarer Motive: vier memphitische "NN"-Reliefs aus der Zeit Tutanchamuns und ihre mögliche Zuordnung zum Grab des Haremhab", par Caris-Beatrice Arnst, Bulletin de la Société d'Égyptologie, Genève BSEG 15, 1991.
"Horemheb, Prince Regent of Tutankhamun" et "The Ritual of Breaking the Red Pots", par Jacobus Van Dijk, dans "THE NEW KINGDOM NECROPOLIS OF MEMPHIS Historical and Iconographical Studies", 1993.
"Preliminary Report on the Leiden Excavations at Saqqara, Season 2004: The Tomb of Horemheb', par Maarten Raven et al., Jaarbericht Ex Oriente Lux (JEOL) 38.
"Preliminary report on the Leiden excavations at Saqqara, season 2005: the tombs of Horemheb and Meryneith", par Maarten Raven et al., JEOL 39 (2005).
"Book of the Dead documents from the New Kingdom necropolis at Saqqara", Maarten Raven, British Museum Studies in Ancient Egypt and Sudan 15 (2010).
"The Memphite tomb of Horemheb and its cult chapel", Charles Van Siclen III, dans Varia Aegyptiaca 6, 1990.
"The Memphite tomb of Horemheb, commander-in-chief of Tut'ankhamûn", partie II, "a catalogue of the finds", par Hans Diederik Schneider.

 
 
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