La nécropole de Tounah el Gebel, la tombe de Petosiris

Tounah el Gebel (ou Tuna el Gebel) est la nécropole d'époque tardive d'Hermopolis Magna, la ville du dieu Thot (assimilé à Hermès par les Grecs).
Plus qu'une nécropole, il s'agissait d'un véritable complexe cultuel et funéraire.
Un grand temple était dédié à Thot.
Des ateliers servaient à la fabrication d'objets de pèlerinage, les artisans logeaient dans des habitations proches.
Des ibis et des singes, ses animaux fétiches, étaient élevés sur place.

D'autres étaient momifiés dans de gigantesques catacombes qu'on visite encore aujourd'hui.

Loculi. 

Quelques tombeaux, avant le point d'orgue de la visite, la tombe de Petosiris.
La visite de Tounah El Gebel est variée, elle permet d'admirer les façades de quelques chapelles (voir photographie) et de visiter la tombe d'Isadora.
Isadora a vécu au deuxième siècle de notre ère et s'est noyée dans le Nil en allant rejoindre son amant.
La tombe construite par son père abrite la momie de la jeune fille et un texte l'assimilant à une déesse. 
Pour les Egyptiens actuels, l'histoire est devenue une légende, encore plus dramatique et romantique :
La jeune fille désobéit à son père en partant en barque rejoindre son amant. Furieux, le père refusa de pourvoir à la sépulture. C'est donc l'amoureux de la jeune fille qui dut s'en occuper, en se vendant lui-même comme esclave pour obtenir l'argent nécessaire.

 

Petosiris, "le don d'Osiris", a succédé à son père Sishou (ou Es-Chou)  et à son frère ainé Zedthotefankh (ou Gedthotefankh), comme grand prêtre de Thot.
Outre son role religieux, il a aussi été administrateur du temple.
Les dates exactes sont encore sujettes à discussion, mais Petosiris a probablement exercé ses fonctions sous la seconde domination perse puis au début de l'époque ptolémaique, période de construction de son complexe funéraire.

On peut encore admirer l'allée, une cour, un autel à cotés triangulaires ("autel à cornes") et la tombe.
Cette dernière ressemble en fait à un temple avec ses quatre colonnes, ses murs d'entrecolonnement ("murs-bahut") et son linteau brisé. 
Le haut des colonnes et le toit sont modernes, il n'en restait rien lors de la découverte du monument.
Les colonnes, de droite à gauche.
 
 
 
La façade est gravée de reliefs en creux qui "accrochent" particulièrement bien la lumière.
Petosiris est représenté faisant des offrandes aux dieux, dans un rôle traditionnellement dévolu au pharaon.
Après sa mort, il fut considéré comme un sage et fit l'objet d'un culte attirant de nombreux pélerins, comme l'attestent de nombreux graffiti.
 

Osiris Khentyimenty portant la couronne Hénou.

Sokar-Osiris. 
Le pronaos, peut-être rajouté ultérieurement (cela aussi est encore un sujet de discussion), est dédié à Petosiris lui-même.
Les thèmes abordés sont l'artisanat (orfévrerie, parfumerie, menuiserie et vannerie), l'agriculture (élevage, vendanges, semailles, labourage, arrachage du lin et moisson des blés) et le culte rendu à Petosiris par sa famille.
Les scènes font preuve de beaucoup de vie, à la manière de celles de l'Ancien Empire  : Un enfant joue dans un arbre, d'autres gambadent autour de leurs parents, un autre encore dort dans les bras de sa mère, une vache est "prise sur le vif" en train de vêler.
Il ne s'agit pourtant pas de copies serviles, les vêtements des paysans par exemple correspondent à ceux portés à la basse époque et sont donc différents de ceux qu'on voit dans les mastabas.
D'autres éléments se démarquent résolument de la norme et montrent des influences grecques très marquées: Les hommes qui le foulent ressemblent à des éphèbes.
 
En haut,  des orfèvres cisèlent un museau de gazelle, des poitrails pour chevaux et un couvercle de vase.
En bas, un ouvrier maintient un morceau de métal à l'aide d'une pince pour que son camarade puisse le frapper (le métal, pas l'ouvrier). Un autre travaille un vase.
En haut, artisans parfumeurs.
Au milieu, fabrication d'objets légers avec du jonc, de l'osier ou des branches de plaimier.
En bas, confection d'un lit orné de têtes de lions, de bubales et de gazelles.
Semailles. 
On voit la tête du boeuf tirant la charrue juste derrière le semeur. 
Les Egyptiens ne pratiquaient pas le labourage comme nous l'entendons mais retournaient la terre pour recouvrir les graines.
Suite de la scène précédente, Petosiris donne ses ordres à un contremaître, représenté entièrement de profil.
Bel Arbre. 
Bouviers.
Une vache avance tout en se tournant vers son veau qui tête.
Vendanges. 
Les hommes qui cueillent le raisin sont barbus, certains sont entièrement nus.
Dans la chapelle à quatre piliers, un puits donne accès au caveau (non visitable) où furent retrouvés des sarcophages, aujourd'hui dispersés dans plusieurs musées.
La partie gauche de la salle est consacrée à Sishou et la droite à Zedthotefankh. Certaines scènes sont symétriques : Des hommages sont rendus aux 2 défunts,  d'un coté au frère ainé par Pétosiris, de l'autre au père par le frère ainé.
L'éclairage moderne est excellent et fait ressortir les bas-reliefs.
Les scènes sont tirées de divers livres funéraires.
Mur latéral, les 9 cynocéphales sont des adorateurs du soleil.
Serpents. Ce sont 12 uraeus en fait. 
La déesse du sycomore (Nout d'après Lefebvre mais je crois lire Isis) offre du pain et verse l’eau purificatrice pour le défunt et sa femme. 
Ces derniers tiennent chacun un enfant sur les genoux. 
Procession vers la tombe, le prêtre lecteur et 4 filles du défunt. 
Un prêtre Sem pratique l'ouverture de la bouche et la purification.
Le défunt adresse une prière à 9 personnages, 3 à tête humaine, 3 à tête de chacal, 3 à tête de crocodile. 
Ce sont des génies qui adorent Ré. 
Atoum, Shou et Tefnout + une barrière !!
Le défunt en prières devant Osiris et Khnoum. 
Le mur du fond est le point de convergence de toutes les représentations. 
En haut, chaque défunt est face à Osiris et une de ses parèdres, Isis pour Sishou et Nephthys pour Zedthotefankh. 
En-dessous, une grande composition allie beauté et symbolisme : Nekhbet (tête de vautour, couronne blanche) et Ouadjet (tête de cobra, couronne rouge) éventent de leurs ailes (insufflent la vie à) un scarabée.
Ce dernier est posé sur un serekh et est coiffé de la couronne Atef. Il est environné par les signes Chen et Ouas. 
Derrière les déesses ailées, un vautour et un oiseau ba sont chacun posés sur un serekh. 
Suivent deux déesses qui, d'après les hiéroglyphes, semblent être deux Isis. Celle de gauche a une voile sur la tête, en relation avec le souffle de vie. 
Le scarabée Kheper représente probablement le soleil renaissant au matin, comme dans les textes funéraires du nouvel empire. Le défunt s'associe alors à la course du soleil nocturne, pour participer éternellement à l'équilibre du monde.

Un masque, assez impressionnant, trouvé à Touna el Gebel et exposé au musée des papyrus à Vienne.

Il date du 2ème siècle après Jesus-Christ.

 

Sur le cou, une petite représentation du défunt.

 

 

 

En sortant de la nécropole, arrêtez-vous à la stèle frontière d'Akhetaton (actuelle Tell el Amarna).
C'est un prélude à la visite de la ville voulue par Akhenaton, une autre étape incontournable d'un périple en Moyenne Egypte.

Références


Site Web Kemit (voir  Mes sites préférés) .
Le tombeau de Petosiris de Gustave Lefebvre.
Conférence "Tounah el Gebel" par Olivier Perdu, Kheops, Juillet 2003.

 
 
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